Jaime Ulloa : l’intrapreneuriat, pour aller plus loin que le volontariat et changer le système

Début janvier, Jaime m’a donné rdv dans un café de Surco, à Lima (Pérou). Il a l’air serein de celui qui a trouvé sa voie, animé par la cause qu’il défend. Curieux d’en savoir plus sur mon projet et sur les avancées de l’intrapreneuriat en France, Jaime commence par m’interviewer 🙂 Mais rassurez-vous, j’ai pu ensuite lui poser de nombreuses questions sur son parcours ! Directeur d’une entreprise sociale depuis 18 ans, il a rejoint depuis 3 ans la Ligue des Intrapreneurs. 
Quelques jours à peine après mon arrivée au Pérou, fraîchement remise du trajet Cusco-Lima (21h de bus, mal des montagnes, …), je redoutais un peu que certaines expressions locales en espagnol ne m’échappent. Mais Jaime à pris soin de s’exprimer très clairement, merci à lui pour cet échange passionnant !

Entrepreneur social et Intrapreneur : des concepts qui bousculent ?

Quand Jaime fondé la structure Trabajo voluntario en l’an 2000 (pour inviter les salariés à réaliser des missions de volontariat auprès d’associations), c’est une aventure en terre inconnue.
Le concept d’entrepreneur social émerge a peine au Pérou, et son nouveau statut surprend son entourage. Mais Jaime a la forte intuition qu’il tient là une solution pour permettre à chacun de donner plus de sens à son travail, avec un impact social positif : “chacun d’entre nous a besoin de réaliser ce qui l’anime vraiment : quand le travail permet cela, tout le monde y gagne ! Le salarié, son entreprise et la société.”

Depuis, le concept d’entrepreneur social a été largement reconnu et les vocations se multiplient.
Jaime pense qu’il en sera de même pour les intrapreneurs, ces salariés pionniers qui développent des projets à impact social positif au sein même de leurs entreprises :Aujourd’hui invisible aux yeux de la société, le statut d’intrapreneur deviendra à son tour reconnu dès lors qu’il sera valorisé. De plus en plus de salariés seront alors inspirés par ceux qui ouvrent actuellement la voie, et voudront apporter leur pierre à l’édifice !“.

 

Pourquoi cet intérêt pour l’Intrapreneuriat ? Quels ont été tes déclics ?

Dans le cadre de l’activité de Trabajo Voluntario, Jaime constate que les salariés sont très nombreux à avoir envie de s’impliquer pour les causes qui les touchent. “Nombreux sont ceux à vouloir changer les choses, et ils en ont le potentiel !

L’intrapreneuriat, c’est l’étape qui suit le volontariat, qui permet d’aller plus loin.
Chaque salarié peut démultiplier son impact s’il développe un projet d’intrapreneuriat social avec l’appui de son entreprise, intégré à son modèle économique. Les entreprises ont ainsi un rôle important à jouer.

Cela fait 6 ans environ que Jaime a “rencontré” le concept d’intrapreneuriat lors d’un événement organisé au Pérou par Ashoka et ses partenaires.

Puis en 2015, une autre occasion d’en savoir plus se présente : un rassemblement international de la Ligue des intrapreneurs, organisé cette année-là au Mexique !
Issus de près de 20 pays, les membres de cette “communauté apprenante” partagent ainsi leurs expériences, dans le but de s’entraider et de faire progresser l’intrapreneuriat. Depuis peu, des événements plus locaux s’organisent aussi dans certains pays pour intensifier les échanges et le processus d’entraide.

C’est à l’issue de ce temps fort que Jaime à l’idée de créer ce qui deviendra OSMIA, son entreprise sociale actuelle, fondée en 2018. Bénéficiant des 18 ans d’expérience de Trabajo volontario, cette agence propose son expertise aux entreprises et salariés désireux de devenir des “acteurs du changement” face aux enjeux sociétaux.
Pour cela OSMIA a 3 cordes à son arc :
– innovation sociale : conception de stratégies et programmes innovants, à impact positif et durable
volontariat professionnel (mécénat de compétences, missions auprès d’associations,…)
intrapreneuriat : formation et accompagnement des salariés volontaires pour mener en interne, avec l’aval de leur entreprise, des changements importants, des innovations sociales ou environnementales à fort impact.

 

Quelle est aujourd’hui ta stratégie pour développer l’intrapreneuriat au Pérou ?

Jaime m’explique qu’actuellement au Pérou, le concept est vraiment très émergent. Tout reste donc à faire !
“Ma conviction, c’est qu’il nous faut travailler prioritairement avec les salariés des organisations qui ont le plus d’influence sur le système dans lequel nous vivons. C’est cela qui permettra à l’intrapreneuriat d’avoir l’impact positif le plus important et le plus rapide, du fait des ressources de ces organisations. Il s’agit aussi de valoriser le statut d’intrapreneur pour multiplier les vocations.

Pour identifier et accompagner les intrapreneurs, OSMIA développe essentiellement deux approches :

  • Organiser des événements, avec des formats et horaires variés (ateliers, petits-déjeuner,…) pour permettre à chacun de venir découvrir ce nouveau concept,
  • Contacter directement les entreprises, pour leur proposer d’accompagner et former leur salariés : prise de contact avec la direction innovation, ou la direction générale, pour assurer un portage pérenne de la démarche. Ils préfèrent ensuite généralement travailler en direct avec les services opérationnels, pour que les solutions et la mise en oeuvre soient co-construites au plus près de la réalité du terrain et des métiers.

Quels conseils donnerais tu à un futur intrapreneur ?

C’est avec un enthousiasme communicatif que Jaime répond à cette question. Inspirer toujours plus d’acteurs du changement, c’est sa spécialité !

La base, c’est l’objectif ! Commencer par trouver son “pourquoi”, une cause qui le touche réellement, qui réponde à un besoin de la société ET qui soit compatible avec l’ADN de l’entreprise qui l’emploie.
C’est la marque de fabrique de l’intrapreneur, de réussir à croiser tous ces enjeux, pour changer le système avec plus d’impact.
Voir grand, pour rester motivé et pour trouver des alliés en chemin.
S’appuyer sur les retours d’expérience des pionniers, pour éviter les obstacles et se donner toutes les chances de réussir ! Par exemple, voir les outils développés par la Ligue des Intrapreneurs (en anglais).
Rencontrer beaucoup de personnes très différentes de soi pour ouvrir la réflexion et détecter des problèmes non solutionnés
– Rencontrer aussi des experts de la cause concernée pour maîtriser peu à peu son sujet ; et bien sûr des intrapreneurs, pour bénéficier de leur expérience.
Tester son idée en interne aussi, pour obtenir le soutien de collègues avant d’aller présenter le projet intrapreneurial aux décideurs.

Sur le même sujet, je vous invite à lire mon article sur le réseau Feve qui accompagne les intrapreneurs en France.

Hasta luego !

Jaime croit beaucoup à ce mouvement émergent des intrapreneurs, et je partage son avis. Comme il le souligne : “Il n’y a rien à perdre ! Ne vous laissez pas paralyser par l’inquiétude. Il y a tellement à apprendre sur cette voie, le jeu en vaut la chandelle !”. 

C’est sur cette note optimiste que nous nous disons “hasta luego” ! Jaime m’a proposé de rester en contact pour partager nos contacts et les avancées de ce mouvement au Pérou, en France et ailleurs. Claro que si! 



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