“Changer de voie, ça commence par quoi ?” – Revivez la 9e édition de “Même pas peur”

Photo : planche Sketchnote dessinée en direct par Charlotte Allegret

 

Les récits des 3 témoins de la soirée Même pas peur” du 4 juin au TUBA (Lyon) l’ont bien montré : le passage à l’acte libère. Rien de tel que l’action et l’expérimentation pour avancer et prendre confiance ! Mais pourquoi Isabelle Huynh, Thomas Lalire et Julien Vidal ont-ils choisi de se frotter au changement ? Qu’ont-ils appris en chemin ?

Depuis un an, je participe régulièrement aux soirées “Même pas peur” organisées par Perrine Lhote (fondatrice d’Hisse & Haut) et Laetitia Bernardi (conseil en communication). J’en suis toujours repartie avec beaucoup d’énergie positive et des rencontres inspirantes, c’est donc avec plaisir que j’ai accepté leur proposition d’écrire un article sur cette 9e édition !
Je retiendrai en particulier l’enthousiasme des 3 invités du jour, qui nous ont partagé leurs parcours :

  • Isabelle HUYNH, qui a créé son métier passion, “l’ingénierie positive” (projet La Clavette), après avoir vécu une importante remise en cause du métier d’ingénieure
  • Thomas LALIRE, qui a trouvé le moyen de devenir documentariste et enseignant, sans abandonner sa vocation initiale pour l’action publique (projet “On s’y met tous“)
  • Julien VIDAL, qui s’est fait connaître avec le projet “Ca commence par moi” (365 actions pour changer le monde) après des débuts dans le milieu de l’humanitaire

Photo : Laetitia, Julien, Isabelle, Thomas et Perrine (de gauche à droite)

 

D’après leurs expériences, changer de voie ça commence notamment par :

 

Choisir et affirmer ses valeurs pour avancer

 

Isabelle : renoncer au confort d’une voie toute tracée pour créer sa vraie place

Pour Isabelle, la question des “choix” a été d’autant plus difficile qu’au début du projet, elle ne savait pas encore où elle voulait aller.  Tout est parti d’un choc ressenti en voyant ses collègues ingénieurs, dont elle connaissait les valeurs et convictions écologiques, gâcher leur talent à concevoir une énième fonctionnalité inutile pour la machine à café rendue célèbre par l’acteur Georges Clooney…

Après une phase de remise en question et de flottement, elle a cherché un moyen d’agir face à ce gâchis de talent. Au lieu de tourner les talons et partir faire tout autre chose, c’est en s’appuyant sur sa connaissance du métier qu’elle a fonder “l’ingénierie positive” : une démarche pour aider les ingénieurs à mettre leur talent au service des gens et de l’écologie !

Avant d’en arriver là, elle s’est d’abord fiée à son besoin de prendre le temps pour voyager et explorer d’autres approches de l’ingénierie. Aujourd’hui elle réalise que c’est en choisissant de renoncer austatut” valorisant que lui procurait son travail, qu’elle a pu commencer à construire un métier qui lui ressemble vraiment. Sans regret.
Fondatrice du projet “La Clavette“, Isabelle forme aujourd’hui les étudiants d’une dizaine d’écoles d’ingénieurs, donne des conférences et accompagne concrètement les entreprises vers cette “ingénierie positive”.

 

Thomas : refuser le fatalisme, affirmer ses valeurs en changeant de posture

Pour Thomas, la question du choix a également été centrale : partir ou rester, face au malaise ressenti lors de ses premières expériences dans la fonction publique ? D’abord découragé par des propos fatalistes tels que “ici c’est comme ça, rien ne va”, Thomas a sérieusement envisagé une reconversion. D’autant qu’il se voyait bien documentariste, ou encore professeur ! Mais ce n’était pas si simple : l’action publique était une vraie vocation pour lui, et non une “voie toute tracée” qu’on lui aurait imposée.

Finalement, son choix a été de refuser le fatalisme, et de rester à la Métropole de Lyon. Mais en changeant de posture : en renonçant à l’image du “bon élève”, il s’est autorisé à proposer de nouvelles façons de faire, inhabituelles, plus constructives, collectives, ludiques. Allant jusqu’à créer un “Trivial poursuite” de l’action publique ! Une posture qui lui a permis d’attirer aussi de nouvelles opportunités, et d’être aujourd’hui investi sur une mission qui fait pleinement sens pour lui : le projet On s’y met tous“, grande démarche citoyenne autour du climat et de la solidarité. Portée la Métropole de Lyon, elle vise à accélérer les prises de conscience et le passage à l’action de tous les acteurs (entreprises, associations, citoyens ,…).

Sans oublier de faire de la place à ses autres aspirations : moyennant un peu d’organisation, Thomas a pu se libérer du temps pour lancer son projet de film documentaire (tournage en cours) et dans l’enseignement, auprès des étudiants de Supécolidaire (Lyon) !

 Le TUBA, lieu d’expérimentation, idéal pour cette soirée dédiée au changement

Se faire confiance, faire le tri si besoin

“Changer de voie sous-entend qu’on s’est trompés auparavant : ce n’est pas forcément vrai, il faut faire le tri entre ce qui nous ressemble vraiment, et ce qui a pu au contraire nous être dicté par les autres, la famille, la société, …”.

Cette remarque de Thomas fait sens en écoutant son parcours, et fait écho à celui d’Isabelle : il n’est pas rare que le métier choisi au départ l’ait été pour de bonnes raisons, nourries par de vrais centres d’intérêt ou talents. En revanche, selon le contexte et l’ambiance de travail, la perte de sens est vite arrivée. D’où l’importance de “faire le tri” entre ce qui sonne juste, et ce qu’il faut changer pour retrouver du sens au travail.

Ecouter ses intuitions, faire fi des “étiquettes”

Après un début de carrière dans l’humanitaire, Julien VIDAL s’est passionné il y a quelques années pour l’écologie et l’éco-citoyenneté, avec l’envie de proposer des outils pour que chacun puisse “changer le monde à son échelle”. Pour lui, faire le choix de se passionner pour l’écologie sans passer par la case “diplôme” a nécessité de s’affirmer face au regard des autres, et d’oser écouter ses intuitions. Car l’entourage est souvent déstabilisé par les phases d’exploration et de doute typiques du changement, et surtout par l’absence d’étiquette “métier” bien identifiable ! Directement applicables, les 365 actions éco-citoyennes du catalogue en ligne créé par Julien ont depuis donné lieu à la publication du livreCa commence par moi“. Il participe également à des conférences et anime une émission de radio. Ce qui était une passion est ainsi devenu son activité principale !

Agir pour dépasser ses peurs

Isabelle : “J’ai appris à filmer en regardant des tutos Youyube”

Pendant la phase d’exploration de son projet La Clavette, Isabelle avait décidé de retransmettre ses découvertes sous formes de courtes vidéos. Elle ne connaissait rien au tournage de films, mais elle a décidé d’apprendre.
Cette expérience vécue lui a montré que la meilleure façon de faire taire la petite voix négative qui tente de décourager les aspirants au changement, c’est d’agir ! Dans son cas, c’est passé par des essais vidéos, des petites erreurs de débutante qui permettent de progresser, des tutos Youtube…

Thomas : “Maintenant il faut y aller, plus possible de reculer !”

Même constat pour Thomas : “une fois le rendez-vous pris pour la première interview de mon documentaire, la caméra installée chez la personne qui avait accepté de témoigner… je ne pouvais plus reculer ! Je me suis dis, maintenant il faut y aller et filmer !”

Julien : “Ne pas s’empêcher d’avancer sous prétexte qu’on n’a pas le bon diplôme”

Quand Julien a commencé à s’intéresser à l’écologie il y a plusieurs années, il a d’abord eu le réflexe de se renseigner sur un diplôme qu’il pourrait passer. Au final, il n’en a pas eu besoin : à force de  lire, publier sur son blog, échanger avec des spécialistes… il a énormément appris et transmis ses connaissance.

Comme Isabelle et Thomas, Julien est un autodidacte : ils ont pour point commun d’oser demander aux gens qui savent. La possibilité d’apprendre des autres est immense, et bien plus accessible que de collectionner les diplômes ! 

                                        Photo : Ian Dooley, via Unsplash

Vivre le changement comme un voyage

Peuplés de rencontres inspirantes, de découvertes inattendues, de souvenirs qui leur font briller les yeux, les récits d’Isabelle, Julien et Thomas prennent des airs de récits de voyage. Car finalement, qu’est-ce que le changement sinon un voyage vers de nouvelles connaissances, l’occasion d’expérimenter des choses, de rencontrer des personnes que l’on n’aurait jamais rencontrées en restant dans sa “zone de confort” ? S’ils ont tous eu l’occasion de voyager dans des contrées lointaines, et parfois d’y rester quelques temps pour travailler, ils sont aujourd’hui convaincus d’une choses : le voyage est accessible partout, au quotidien, dans sa ville ou alentour !

Les rencontres, source d’inspiration et de soutien

Il suffit bien souvent de s’intéresser avec curiosité à de nouvelles personnes, à leurs univers, à d’autres visions du monde… pour adopter un état d’esprit de plus en plus enclin au changement !

Julien nous a ainsi raconté qu’il prend chaque semaine un café avec une personne inconnue, pour continuer à évoluer en permanence. Quelqu’un qui l’a contacté via son blog, ou qu’il a rencontré lors d’un événement… tout est possible !

Isabelle aussi témoigne de l’importance des rencontres dans son parcours : une source d’inspiration essentielle. Parfois avec des personnes au mode de vie très différent du sien, pour s’ouvrir à d’autres modes de pensée, comme ces agriculteurs birmans qui l’ont marquée. Mais aussi avec sa “tribu”, ces personnes qui vibrent pour les mêmes passions qu’elle, qu’elle a pu rencontrer en participant à des événements, des formations, … En période de changement, rien de tel que les encouragements de sa “tribu” pour avancer ensemble, surtout si la famille n’apporte pas (encore) le soutien espéré.

Oublier la “ligne d’arrivée”

Pour Isabelle, le changement, c’est tout le temps ! Comme son parcours évolue sans cesse, au fil des envies et rencontres, il n’y a pas lieu de se mettre la pression sur un résultat final parfait. Une vision beaucoup plus libératrice que celle d’une “ligne d’arrivée” !

Elle évoque à ce propos un outil qui peut aider à se repérer dans ces évolutions de vie : l’Ikigai. Venue du Japon, cette approche vise à trouver sa “raison d’être” : c’est à dire une bonne raison de se lever chaque matin, en considérant à la fois ses talents, passions et ce dont le monde a besoin. Intéressant, n’est-ce pas ? Pour en savoir plus sur l’Ikigai, je vous recommande les articles détaillés d’Isis, fondatrice du site Les Nouveaux Travailleurs.

Ikigai – illustration d’Isis Latorre

En conclusion : “Je ne perds jamais. Soit je gagne, soit j’apprends.”

En écoutant leurs 3 témoignages, j’ai souvent eu cette citation de Nelson Mandela en tête. En effet, qu’avaient-ils à perdre à essayer ? Au pire, ils auraient beaucoup appris, et seraient passés à un autre chapitre, forts de ces expériences. Au mieux, ça marche !

La force des événements “Même pas peur”, c’est de permettre à leur communauté de découvrir et de rencontrer directement ces témoins inspirants, ainsi que des dizaines d’autres participants. Dès que le top départ de l’apéro est donné, les échangent fusent, l’énergie circule et des dizaines de nouvelles connexions se créent. Des partages d’expériences qui permettent à certain.e.s de trouver des solutions pour leurs projets, des bons plans, voire de futures “tribus” !

De mon côté, j’ai profité de l’occasion pour inviter Isabelle et Thomas à témoigner prochainement sur Changemakers-at-work.com : le site dédié aux salariés qui veulent faire avancer l’écologie et la solidarité grâce à leur travail, en créant les solutions dont le monde à besoin !

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