Cathy, fondatrice de Kaanas Travel

Aider les plus précaires à construire leur avenir, grâce au Tourisme solidaire – Interview de Cathy Gallioz, en Colombie

Soutenir les communautés locales lors d’un voyage en Colombie, c’est possible ! Il s’agit même d’une expérience pleine de joie, à la rencontre des habitants, que j’ai eu la chance de vivre en accompagnant Cathy sur le terrain (un film sur cette immersion se prépare,  restez connectés !).
Fondatrice du projet Kaanas Travel, sont but est d’aider les habitants à (re)construire leur avenir, en valorisant leurs initiatives et talents grâce au tourisme solidaire.

D’abord un coup de coeur pour Medellin

Toute une aventure pour cette française expatriée à Medellin, qui était venue en 2016 « juste pour apprendre l’espagnol ». Conquise par cette ville en pleine renaissance et ses habitants courageux, elle a finalement décidé de rester et de s’engager à leurs côtés en créant Kaanas Travel début 2018.
Et je la comprends, Medellin est devenue une ville réellement accueillante, innovante, bien loin des clichés qui lui collent à la peau.

Un an après, comment vit-elle cette reconversion ? Est-ce que les impacts positifs recherchés sont au rendez-vous ? Les voyageurs s’intéressent-ils à ce tourisme éthique ? Dans cet article, Cathy nous partage son expérience d’une nouvelle vie pleine de valeurs et de sens.

Puis l’envie de créer un projet de Tourisme solidaire à l’autre bout du monde

« Au départ, j’étais venue pour apprendre l’espagnol à Medellin. Mon école proposait aussi des missions de volontariat, j’ai ainsi eu la chance de rejoindre la Fundacion Visibles : tous les jeudis soirs, nous allions ensemble proposer des boissons chaudes et un peu de nourriture aux personnes qui vivent dans la rue. C’est cette immersion, cette  approche humaine différente, qui m’a donné envie d’aller plus loin, de mieux connaître l’histoire et les témoignages des habitants de Medellin, pour pouvoir les mettre en valeur ! Cette expérience m’a beaucoup sensibilisée à la réalité sociale de la Colombie.”

Cathy ajoute qu’elle a également eu la chance de participer à des volontariats en permaculture avec un réseau à Medellin qui aide les communautés à créer des potagers urbains, grâce à des échanges de savoir autour de l’écologie. Là aussi, elle dit avoir beaucoup appris.

Du déclic au projet : parcours d’une entrepreneuse sociale autodidacte

Ensuite il y a eu un élément déclencheur fort : j’avais trouvé un travail dans l’école d’espagnol qui était installée dans la maison où Pablo Escobar a été tué. Je voyais défiler donc des wagons de touristes à longueur de journée, avec l’objectif de prendre un selfie
J’avais l’impression d’être dans un « zoo », du fait qu’il n’y avait pas d’interactions avec les locaux.

En voyant le regard des Colombiens face à tout cela, j’ai eu envie de leur redonner le rôle principal dans leur histoire, d’apporter une nouvelle image, de lutter contre les clichés.

Au fil des rencontres, les témoignages et parcours de vie que j’ai découverts m’ont donné envie de construire des circuits touristiques basés sur la rencontre de l’autre. De trouver un moyen d’aider les communautés locales, où certaines familles manquent encore de tout ».

Proposer sans imposer : priorité à l’émancipation des plus précaires

“Ce qui est important pour moi c’est d’aider les plus démunis, car j’ai vraiment pu constater que certaines familles ici manquent de tout. C’est important pour moi d’aider les familles à s’émanciper financièrement. De proposer, sans imposer.”

Cathy évoque aussi son envie de faire évoluer l’image de Medellin et plus largement de la Colombie, encore fortement liée aux décennies de conflits armés : ce passé très stigmatisant freine en effet les habitants dans leur reconstruction, même s’ils font tout pour aller de l’avant et que la ville est devenue un modèle de transformation reconnu.

Il s’agit aussi pour elle d’offrir une alternative au tourisme de masse, plus proches des gens, qui n’envahisse pas leurs quartiers.
C’est ainsi qu’elle a proposé aux communautés locales “de créer des moments de rencontre, d’expérience commune entre les voyageurs et les locaux qui ont vécu l’histoire, les transformations locales.

Des parcours au coeur des transformations urbaines de Medellin, et au-delà

Cathy a développé plusieurs parcours, dans divers quartiers de Medellin mais aussi dans des zones plus rurales de Colombie, telles que Jerico (Antioquia).

Elle précise qu’actuellement, “la visite la plus demandée inclut la découverte de la COMMUNA 13, qui a une histoire particulièrement forte et profonde. L’intégrer aux visites, c’est montrer un quartier qui s’est relevé grâce à ses habitants et à leur talent, notamment avec l’art de rue qui a attiré beaucoup de visiteurs. Mais aussi à l’urbanisme social développé par la Ville de Medellin.

A Moravia, la nature a repris ses droits

“Le quartier de MORAVIA aussi a une histoire très forte, et s’illustre par  un projet social et environnemental surprenant. Nous allons à la rencontre du collectif JARUM, un collectif de jardiniers s’est créé autour d’un projet innovant : régénérer les sols de Moravia grâce aux plantes et arbres dépolluants. Les visiteurs sont aussi invités à planter un arbre et lui choisir un nom, un moment fort et symbolique à chaque fois.»

En effet, lorsque nous avons suivi Cathy dans le quartier, nous avons appris que la colline habitée et verdoyante de Moravia, le « Morro », n’est autre que « l’ancienne décharge à ciel ouvert de Medellin, une montagne de déchets de 35 mètres de haut » … Et que près de 15000 réfugiés ont du se résoudre à y bâtir des abris de fortune dans les années 80, lorsqu’ils ont été déplacés par les conflits armés il y a plusieurs décennies.
Devenu très dangereux à cause des gaz toxiques émis par les déchets, ce quartier informel a incité des jardiniers et des habitants, puis de la Ville de Medellin à partir de 2005, à passer à l’action. Ensemble, ils recouvrent le “Morro” de plantes dépolluantes depuis 20 ans environ, pour réduire les menaces qui pèsent sur les habitants.
En surface, la nature a repris ses droits. Mais à chaque coup de pioche, c’est l’occasion de se rappeler de tout l’enjeu des plantations, tant les déchets sont proches de la surface du sol…

Un prochain article racontera nos rencontres avec des habitant.e.s très engagées à la Comuna 13 et Moravia :  pour être prévenu(e), demandez la Lettre d’info ! (mensuelle)

Après un an d’activité, quels sont les impacts positifs que tu constates ?

« Aujourd’hui ces rencontres permettent de créer un équilibre :

  • D’une part, en mettant en valeur les savoir-faire et les initiatives portées par les communautés locales. Par exemple en leur proposant d’accueillir des voyageurs le temps d’un repas chez l’habitant ou d’ateliers,
  • D’autre part, en proposant aux voyageurs de d’apprendre quelque chose, plutôt que de « consommer » une visite rapide. Ils vivent une réelle expérience, des interactions authentiques avec les habitants. Pour cela je limite les groupes à 8 personnes maximum, ce qui permet de s’intégrer de façon respectueuse dans la vie des quartiers. »
Une aide financière concrète pour les familles

« L’idée des repas chez l’habitant m’a permis d’aider concrètement les familles avec un revenu stable, récurrent. Non seulement les familles qui accueillent et cuisinent, comme Estella et Juan (circuit dans la Comuna 13), mais aussi les autres personnes qu’ils aident. Car ce sont des personnes très solidaires, auprès desquelles d’autres familles, des enfants très démunis viennent s’alimenter. »

Des déclics importants pour aller de l’avant, une motivation pour les jeunes

« Le simple fait d’avoir une interaction, un échange avec un voyageur étranger, permet aux personnes locales de développer une autre image d’elles-mêmes, de se sentir important pour l’autre. C’est très émotionnel.

En particulier pour les jeunes, à qui ces interactions donnent envie d’apprendre les langues étrangères, d’aller à l’école pour avoir eux aussi des opportunités dans le tourisme

Il arrive aussi que des idées d’activités naissent des rencontres entre visiteurs et locaux :  par exemple des cours de français, des ateliers autour de la cuisine, avec les enfants, ou encore des projets artistiques.

Certains visiteurs proposent des dons, par exemple via l’achat de matériel pour les enfants, pour l’école, ou pour des jeunes femmes enceintes sans ressources financières.”

Que signifie « Kaanas Travel », le nom que tu as donné à ton projet ?

« KAANAS signifie « l’art de tisser » en langue wayou. (vérifier nom !)
Le tissage est une activité très importante pour les tribus indigènes, autour des valeurs de la vie, de l’apprentissage, des éléments naturels.
Comme la philosophie du projet, c’est de tisser des voyages autour des communautés et des histoires de vie, je me suis inspirée de toutes ces valeurs ! »

Tu sembles très épanouie dans ton travail, qu’est-ce qui te plaît particulièrement ?

“Il y a beaucoup d’émotion qui rentre en jeu : des moments très forts où les clichés et les appréhensions retombent, où la rencontre devient possible. Le plus marquant pour moi, ce sont ces moments de partage entre les voyageurs et les personnes locales, malgré toutes leurs différences.

Et aussi, j’apprécie beaucoup quand certains voyageurs me disent « à l’année prochaine ! », témoignant d’une nouvelle manière de voyager, de vouloir s’intégrer et être actif auprès des communautés locales.”

Un nouveau métier, dans un nouveau pays : comment as-tu relevé le défi ?

En passant à l’action ! Pour moi, c’est le meilleur antidote à la peur, surtout pour se lancer dans un nouvel univers, comme ce fut mon cas il y a 3 ans. C’est vrai que j’étais dans un nouveau pays, avec une nouvelle langue et un nouveau métier (ndlr : Cathy travaillait dans l’hôtellerie auparavant).
Au final rien n’était impossible !

Concrètement j’ai commencé par un gros travail d’écoute : j’ai beaucoup discuté avec les personnes locales pour comprendre comment, à travers le tourisme, je pourrais aider de manière efficace, solidaire, en les intégrant à ces initiatives.

Par exemple, c’est avec la rencontre de Paola et du collectif de femmes « Berracas de la 13 », touchées directement ou indirectement par le conflit armé, que j’ai pu mieux connaître la Communa 13. En échangeant avec elles, en écoutant leurs témoignages, j’ai pu développer un projet qui valorise avec leurs initiatives. »

Quels sont tes rêves pour la suite de l’aventure ?

« Je voudrais pouvoir soutenir beaucoup plus d’initiatives communautaires, ici et ailleurs en Colombie.
Je propose déjà des parcours dans quelques régions qui m’ont touchée, toujours en lien avec des partenaires qui vivent sur place et connaissent parfaitement le territoire et son histoire.
Mais il reste beaucoup à faire, j’espère donc voir fleurir d’autres projets de tourisme éthique et solidaire ! »

Envie d’apporter votre pierre à l’aventure du tourisme solidaire en Colombie ? Contactez Cathy !

 

 



gtag('config', 'UA-145840292-1');

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *